Mère à 11 ans, support pédagogique et de sensibilisation
Invitée sur 9jafrenchradio, l’écrivaine camerounaise Saicha de son nom d’artiste, CHATOU SAIDOU, auteure et entrepreneure, originaire de Douala au Cameroun après Aïcha la Rescapée, publié en 2023, est l’auteure de son deuxième ouvrage, Mère à 11 ans.
Parlez nous de Mère à 11 ans
Mère à 11 ans est mon deuxième ouvrage, après Aïcha la Rescapée, publié en 2023. C’est une nouvelle qui raconte l’histoire d’une enfance brutalement interrompue. À travers ce livre, je parle de l’enfance, de la responsabilité imposée trop tôt, mais aussi de résilience et de reconstruction.
Vécu personnel ou histoire contée ?
J’ai voulu donner une voix à ces enfants qui vivent certaines situations en silence et qui, parfois, n’ont même pas les mots pour raconter ce qu’ils traversent.
Mon ambition avec ce livre dépasse la simple publication. Je souhaite qu’il devienne un véritable outil de sensibilisation et d’éducation, notamment dans les établissements scolaires.
Que cachent les pages de cet ouvrage ?
Le titre Mère à 11 ans interpelle parce qu’à 11 ans, on devrait avant tout être une enfant : aller à l’école, jouer, rêver et construire son avenir.
J’ai choisi ce titre parce qu’il résume cette enfance qui bascule brutalement dans des responsabilités qui ne devraient pas appartenir à un enfant.
C’est une histoire qui s’inspire d’une réalité profondément personnelle et humaine. Mais au-delà de mon histoire, je veux parler de toutes ces enfances qui sont interrompues et de tous ces enfants qui portent des responsabilités beaucoup trop lourdes pour leur âge.
Le lecteur découvrira d’abord une histoire humaine, avec ses douleurs, ses difficultés, mais aussi beaucoup de courage et d’espoir.
Je parle notamment des conséquences que peuvent avoir certaines violences et certaines pratiques sur l’avenir d’un enfant, particulièrement sur les jeunes filles.
Mais je ne veux pas que le livre soit uniquement perçu comme une histoire triste. Je veux que le lecteur en sorte avec une réflexion : un enfant a besoin d’être protégé, écouté et accompagné pour pouvoir construire son avenir.
Message à l’endroit des filles et ONG qui militent pour la cause
Aux enfants, je voudrais dire : vous n’êtes pas seuls et ce que vous vivez ne définit pas votre avenir. Il faut chercher une personne de confiance, parler et demander de l’aide lorsque c’est possible.
Et aux organisations, aux associations et à toutes les personnes qui travaillent dans la protection de l’enfance, je voudrais dire qu’il faut continuer à sensibiliser, mais surtout à aller vers les enfants, dans les écoles, dans les familles et dans les communautés.
Une vision,ou projet éducatif après la sortie de cet ouvrage ?
C’est justement pour cela que je souhaite que Mère à 11 ans puisse entrer dans les programmes scolaires. La littérature peut permettre à un élève de se reconnaître dans une histoire, de comprendre une situation et parfois même de trouver le courage de parler.
L’école doit être un espace de protection, d’apprentissage et d’épanouissement. Un enseignant doit être un éducateur et un adulte de confiance, jamais une personne qui profite de la vulnérabilité d’un élève.
À travers mon ouvrage, je veux rappeler l’importance de l’écoute, de la prévention et du signalement lorsqu’un enfant est confronté à une situation qui le met en danger.
Et surtout, il faut apprendre aux enfants à connaître leurs droits et à savoir qu’ils peuvent parler lorsqu’une situation leur semble anormale.
Après Paris, l’Afrique dans le viseur ?
Absolument. Mon message ne s’arrête pas à Paris.
Je suis Camerounaise, je suis Africaine, et je veux que ce livre puisse toucher les jeunes Africains, particulièrement ceux qui vivent dans des contextes où certaines réalités restent encore difficiles à dénoncer.
Mon ambition est de faire des rencontres dans les écoles, les lycées, les universités, les associations et les espaces culturels, afin d’échanger directement avec les jeunes.
Je veux que Mère à 11 ans voyage, mais surtout que son message voyage.
Je ne veux pas que Mère à 11 ans soit seulement un livre que l’on achète, que l’on lit et que l’on range dans une bibliothèque. Je souhaite qu’il puisse devenir un support pédagogique et de sensibilisation, exploité dans les établissements scolaires au Cameroun et, pourquoi pas, dans d’autres pays africains.
J’aimerais qu’un élève puisse étudier cette œuvre en classe, en discuter avec ses camarades et son enseignant, réfléchir aux questions de protection de l’enfance, d’éducation, de responsabilité et de résilience.
Pour moi, si un jour Mère à 11 ans entre dans les programmes scolaires, ce ne sera pas seulement une réussite personnelle en tant qu’auteure. Ce sera surtout la preuve que la littérature peut participer à l’éducation et à la protection de nos enfants.