Conférence nationale 36 ans après : l’oraison de la vérité au Bénin, requiem pour un serment trahi
crystal news
28 février 2026

Ce 28 février, cela fait 36 ans exactement que prenaient fin, les travaux de la Conférence Nationale des Forces Vives de la Nation au Bénin. Au bilan, le Professeur Simon-Narcisse Tomety, l’un des délégués à ces assises historiques déplore qu’on se soit éloigné de beaucoup d’engagements pris alors. Et ce délitement est encore plus prononcé depuis 2016, soit depuis l’avènement du régime dit de la Rupture. Il expose son état d’âme à travers une tribune. Il appelle surtout la jeunesse à un sursaut avant qu’il ne soit trop tard. Virgile AHOUANSÈ prête sa voix au Professeur Simon-Narcisse Tomety pour la lecture du texte.
L’Oraison de la vérité : Requiem pour un serment trahi
Par Comlan Simon-Narcisse TOMETY
Institutionnaliste de réformes publiques, Éducateur à la citoyenneté
Délégué à la Conférence Nationale des Forces Vives de la Nation (1990)
Jeunesse d’Afrique et de sa diaspora, Jeunesse du Bénin,
Sentinelles d’une Nation en sursis, Je m’exprime devant vous avec le privilège douloureux de celui qui a siégé dans l’hémicycle de l’espoir en février 1990. Je vous parle au nom d’une mémoire que l’on tente d’assassiner sous vos yeux.
Aujourd’hui, le discours officiel ose qualifier notre héritage de « passé honteux ». On tente de passer l’éponge sur l’histoire pour mieux dessiner un futur sans citoyens, peuplé seulement de sujets dociles et de technocrates zélés. Mais avant que l’amnésie organisée ne scelle vos esprits, j’ai une question brûlante à jeter à la face de ceux qui nous dirigent : QU’EST DEVENUE LA LISTE DE NOS « PLUS JAMAIS ÇA » ?
1 – L’héritage profané : Des géants face aux artisans de l’oubli
Souvenez-vous, car ils exigent votre oubli. Souvenez-vous de la stature morale de Monseigneur Isidore de SOUZA, dont la seule sagesse a désarmé les fusils. Souvenez-vous de l’exigence éthique de ces délégués qui, venus de toutes les couches sociales, ont dit « Non » à l’arbitraire. Souvenez-vous enfin du courage exceptionnel, teinté d’humilité, du Général Mathieu KÉRÉKOU : il a préféré s’incliner devant la souveraineté de la Conférence plutôt que de livrer la Nation à un bain de sang par entêtement.
En 1990, nous avons dressé une liste sacrée. Nous avons crié :
Plus jamais ça : la dictature et les détentions arbitraires pour délit d’opinion !
Plus jamais ça : le monolithisme de la pensée, le parti-État et l’exil forcé de nos compatriotes !
Plus jamais ça : l’exclusion des fils et filles de la Nation de la gestion de la cité !
Plus jamais ça : l’immixtion des hommes en uniforme dans l’arène politique !
Plus jamais ça : l’opacité d’un État soustrait à la veille citoyenne !
Plus jamais ça : le désastre économique nourri par la corruption, le clientélisme et le bradage des deniers publics !
Plus jamais ça : l’instrumentalisation de la justice à des fins de vengeance politique !
Regardez autour de vous en ce 28 février 2026. Par un cynisme inouï, notre liste de « Plus jamais ça » est devenue le catalogue de nos réalités quotidiennes. On efface les traces de la Conférence des Forces Vives de la Nation (CFVN) parce que sa seule mémoire est un acte d’accusation. C’est le procès d’une dérive qui substitue la force des institutions par l’hyper-administration et la surpolitisation, tout en mettant en berne les organes de contrepoids et de contre-pouvoir.
2 – Le chaos partisan : Une chasse aux privilèges sans éducation citoyenne
On nous vante une « réforme du système partisan ». Quel faux-semblant ! Ce que nous observons est un chaos organisé. Nous n’avons pas créé des partis politiques, nous avons bâti des écuries électorales dédiées à la confiscation du pouvoir sur une base clanique.
Où est l’éducation à la citoyenneté ?
Où sont les écoles de cadres où l’on enseigne le sens du service public et le sacrifice pour la patrie ?
Elles n’existent pas. Nos partis sont devenus des bourses de valeurs où l’on troque la loyauté contre des portefeuilles et des privilèges.
Le projet politique est mort, sacrifié sur l’autel des plans de carrière.On a formalisé l’exclusion par des lois électorales de fer, imposées sans étude d’impact et au mépris du déchirement du tissu social.
Il suffit d’observer l’effondrement des taux de participation pour comprendre qu’aucun pouvoir ne peut plus se prévaloir d’une véritable légitimité.
Dès lors, on se rue vers une profusion de lois pour tenter de substituer une légalité de façade à une légitimité absente.
Deux législatures monochromes sous le même régime sont venues confirmer ce divorce : le Bénin est désormais gouverné sans son Peuple souverain.
Le résultat est tragique : une jeunesse à qui l’on n’apprend plus à réfléchir, mais à applaudir ; une jeunesse à qui l’on n’offre plus une vision, mais un simple matricule dans une machine électorale froide et déshumanisée.
Pire encore, on assiste à l’émergence d’une jeunesse embrigadée, dont certains éléments, agissant sous bannière et sur commande, se font les soldats numériques de l’insulte. Ils déversent sur les réseaux sociaux des insanités contre leurs camarades et leurs aînés, sacrifiant la plus élémentaire politesse au vain espoir de s’acheter une place sous le soleil.
3 – Appel à la Jeunesse : Réveillez les fantômes d’Alédjo
Jeunesse du Bénin, L’espérance ne réside pas dans le confort de l’obéissance, mais dans le courage de la vérité absolue.
Ne laissez pas votre mémoire être « administrée ».
Ne laissez pas votre citoyenneté être réduite à un bulletin de vote captif.
En vérité, le bilan de ces 36 ans révèle une élite politique, intellectuelle et économique qui a peur de son peuple. Ils craignent l’héritage de la Conférence Nationale (CFVN) car elle rappelle une vérité immuable : le pouvoir appartient à la Nation, et non à un clan ou à une administration, aussi performante soit-elle.
Exigez des comptes !
Demandez-leur :
« Qu’avez-vous fait de notre serment ?
Qu’avez-vous fait de nos libertés ?
Qu’avez-vous fait de la dignité du citoyen béninois ? »
4 – Le Point de Vérité Ultime : Devoir de désobéissance intellectuelle
Jeunesse du Bénin Voici la vérité que personne n’osera vous dire dans les salons feutrés de Cotonou :
le système actuel ne survit que par votre résignation.
On tente de vous convaincre que la politique est une affaire de « haut niveau », une technocratie impénétrable réservée aux initiés. C’est une stratégie de dépossession : on veut vous ôter le droit de réfléchir, de voir, et de nommer la réalité.
La « réforme du système partisan » actuelle n’a fait que troquer votre citoyenneté active contre un rôle de figurant, soumis ou hypocrite.
Le dernier verrou de notre héritage, c’est votre conscience. On peut réviser une Constitution en une nuit, redécouper des circonscriptions sur un coin de table ou emprisonner des corps ; mais on n’administre pas une âme qui décide de rester libre.
Le constat est amer : nous sommes passés de la dictature idéologique (avant 1990) à la dictature de l’argent, pour finir aujourd’hui sous la dictature de la norme. On vous étouffe sous les textes pour vous faire oublier le sens.
Ne demandez plus « quand cela va-t-il changer ? ».
Demandez-vous : « quand vais-je cesser d’être complice ? »
Cesser d’être complice, c’est refuser de croire que le développement exige le sacrifice de la liberté. C’est exiger que chaque loi soit pesée à l’aune de l’intérêt humain et non du maintien des privilèges.
Chers jeunes d’Afrique et du Bénin, La Conférence de 1990 n’est pas une « page honteuse », c’est notre acte de baptême.
À 70 ans, je refuse de me taire. Je refuse de voir le Bénin devenir une caserne froide ou une entreprise sans âme.
Le système partisan actuel est une imposture, la « démocratie administrée » un mirage, et l’amnésie un suicide collectif.
Jeunesse, lève-toi ! Reprends la liste des « Plus jamais ça » et fais-en ton étendard. Un pays peut se reconstruire avec des routes abîmées, mais il meurt si sa mémoire s’éteint.
Je quitte cette tribune, mais je ne quitte pas le combat.
En tant que délégué de 1990, je vous transmets le témoin : non pas comme une relique poussiéreuse, mais comme une torche enflammée.
Plus jamais de lois qui excluent ! Plus jamais de développement sans dignité !
Plus jamais de mémoire confisquée !
Faites résonner ce message partout : de l’innocence des salles de classe à la ferveur des places publiques, du calme des champs au cœur battant du digital.
Que nul n’en ignore : notre contrat social n’a pas rendu l’âme. Il respire encore, tapis dans l’attente du jour où nous, ses fils et filles, reprendrons le fil pour tresser à nouveau le cuir de notre nation. Honneur à la Conférence Nationale des Forces Vives !
Déshonneur aux fossoyeurs de notre mémoire !
La vérité vous rendra libres. Et votre liberté sauvera le Bénin et l’Afrique.
Vive la République des Citoyens !
Vive le Bénin, debout et souverain !
Le Bénin est mon pays, l’Afrique est ma Patrie, le monde est mon humanité.
Cotonou, le 28 février 2026