Que deviendra la CEDEAO avec la sortie définitive du Niger,du Mali et du Burkina Faso ?
La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) est l’une des organisations régionales les plus influentes en Afrique, jouant un rôle clé dans la promotion de l’intégration économique, de la coopération politique et de la stabilité régionale. Cependant, l’annonce de la sortie définitive du Niger, du Mali et du Burkina Faso de l’organisation soulève des questions cruciales sur l’avenir de cette entité régionale et sur les dynamiques politiques en Afrique de l’Ouest.

Un contexte de tensions croissantes
Depuis plusieurs années, la CEDEAO fait face à des défis majeurs liés à des crises politiques et sécuritaires dans certains de ses États membres. Les coups d’État successifs au Mali (2020 et 2021), au Burkina Faso (2022) et au Niger (2023) ont exacerbé les divergences entre ces pays et l’organisation. Les sanctions économiques et diplomatiques imposées par la CEDEAO à ces régimes militaires ont alimenté des sentiments de défiance, marquant une rupture profonde entre les objectifs de l’organisation et les intérêts des gouvernements concernés.

La décision du Mali, du Burkina Faso et du Niger de quitter la CEDEAO reflète une contestation de son leadership et de son approche perçue comme trop alignée sur les intérêts occidentaux, notamment ceux de la France. Les trois pays, désormais unis dans une alliance sécuritaire trilatérale (l’”Alliance des États du Sahel”), affirment vouloir définir leur propre voie, basée sur une souveraineté renforcée et une politique étrangère indépendante.
Impact sur la CEDEAO : une organisation affaiblie ?
Le départ de ces trois pays, qui représentent une partie importante de la population, des ressources naturelles et du territoire de la CEDEAO, constitue un coup dur pour l’organisation.

1. Affaiblissement économique :
Le Niger, le Mali et le Burkina Faso sont riches en ressources naturelles (or, uranium, coton) et constituent des marchés stratégiques pour le commerce régional. Leur absence pourrait perturber les flux commerciaux et réduire l’efficacité des politiques économiques intégrées de la CEDEAO.
2. Perte d’influence géopolitique :
La CEDEAO risque de perdre en crédibilité internationale si elle est perçue comme incapable de maintenir l’unité de la région. De plus, l’émergence de blocs alternatifs, tels que l’Alliance des États du Sahel, pourrait détourner l’attention des partenaires internationaux et redistribuer les cartes géopolitiques en Afrique de l’Ouest.
3. Fragilisation de la coopération sécuritaire :
Face à la menace persistante des groupes terroristes dans le Sahel, la collaboration entre les États membres de la CEDEAO est cruciale. Le départ du Niger, du Mali et du Burkina Faso complique les efforts coordonnés de lutte contre le terrorisme et pourrait laisser des zones de vulnérabilité exploitées par les groupes armés.
Quelles perspectives pour la CEDEAO ?
Pour survivre et préserver son rôle central, la CEDEAO devra adapter sa stratégie.
Réformes institutionnelles : L’organisation pourrait repenser ses mécanismes de prise de décision pour mieux refléter les aspirations de ses membres et éviter des interventions perçues comme intrusives.
Dialogue renforcé : Plutôt que de s’opposer frontalement aux régimes militaires, la CEDEAO pourrait chercher à rétablir un dialogue constructif pour éviter de nouvelles divisions.

Diversification des partenariats : En s’émancipant d’une trop forte dépendance vis-à-vis des puissances extérieures, l’organisation pourrait renforcer ses partenariats avec d’autres blocs africains et émergents, comme l’Union africaine ou les BRICS.
Un avenir incertain pour l’Afrique de l’Ouest
La sortie du Niger, du Mali et du Burkina Faso de la CEDEAO illustre les tensions profondes qui traversent l’Afrique de l’Ouest, entre quête de souveraineté et défis d’intégration régionale. Si la CEDEAO ne parvient pas à se réinventer, elle risque de perdre son rôle central au profit de nouvelles dynamiques régionales.
Cependant, la fragmentation n’est pas une fatalité. Un équilibre peut être trouvé si les acteurs régionaux s’engagent dans une réflexion collective pour répondre aux aspirations des populations, renforcer la sécurité et promouvoir une croissance économique inclusive. L’avenir de la CEDEAO dépendra de sa capacité à transformer cette crise en une opportunité de renouveau.